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Socialisme et idées - Centre National Jaurès
 
1885 - 1889
JAURES EVOLUE VERS LA GAUCHE
 

Extrait d'une lettre d'un patron républicain de Mazamet au Sénateur Barbey (avril 1887)

"Je vois avec peine Mr Jaurès prendre une couleur bien vive".

Jaurès explique pourquoi, lors de la constitution du ministère Rouvier (31 mai 1887) il s'est séparé des autres élus républicains du Tarn.

"L'heure de l'équivoque est passée : entre le libéralisme timide et la démocratie agissante, il faut choisir ; la nuée qui enveloppait et confondait tout se déchire et nous ne pourrions plus, sans mentir aux autres et à nous-mêmes, nous dérober à des explications catégoriques ; pour moi, j'ai cru qu'il était nécessaire, dès la première heure, de prendre nettement position.
Nous habitions et nous défendions, contre l'ennemi, un édifice de concorde républicaine ; ébranlé trop tôt par des mains imprudentes, il va crouler. Par quelle porte en sortirons-nous ? Par la porte du passé ou par la porte de l'avenir ? Du côté du couchant ou du côté du levant ? Je sors du côté de l'avenir encore incertain, du côté du levant encore mal éclairé ; je veux saluer, dès qu'elles commenceront à poindre au bas du ciel, plus belles toutes deux que l'étoile du matin, la Fraternité et la Justice".

J. Jaurès, "Le nouveau Cabinet",
La Dépêche (4 juin 1887)
 
1890 - 1893
JAURES DEVIENT SOCIALISTE : LE DEBAT INTELLECTUEL
 

Gustave Rouanet pressent le socialisme de Jaurès

"Bravo ! Monsieur. Voilà de la bonne et saine politique économique. Mais savez-vous que vous frisez terriblement le socialisme, et que si vous faisiez un pas de plus dans cette voie, vous tomberiez, sautant à pieds joints par dessus l'extrême-gauche, en plein parti socialiste... Si ces mesures de "justice sociale" dont vous parlez doivent, dans votre pensée, être des mesures réparatrices en faveur du travail jusqu'à ce jour exploité, sur quelque banc que vous siégez, soyez le bienvenu dans Elseneur ! Vous êtes des nôtres !"

Revue socialiste (Avril 1887)
 
TOULOUSE, une des capitales de la vie politique Française

ANNEE 1892

23 JANVIER : Réunion avec P. LAFARGUE (salle Léotard : environ 1500 personnes).
5 FEVRIER: Jaurès soutient sa thèse latine, "DE PRIMIS SOCIALISMI GERMANICI LINEAMENTIS"
6 FEVRIER : Réunion avec le PERE GAYRAUD.
12 MARS : Jaurès soutient sa thèse principale: "DE LA REALITE DU MONDE SENSIBLE"
25 MARS : Réunion avec ALBERT DE MUN (au pré Catelan : environ 3000 personnes).
27 MARS : Réunion avec J. GUESDE (au pré Catelan : environ 2500 personnes).
2 AVRIL : Conférence de J. GUESDE.
9 AVRIL : Réunion avec CHAUVIERE (environ 2000 personnes).
10 AVRIL : Nouvelle conférence de J. GUESDE.
MAI 1892 : ELECTIONS MUNICIPALES. TRIOMPHE DES RADICAUX. JAURES REELU.
17 JUILLET : Inauguration de la nouvelle Bourse du Travail de Toulouse. Discours de Jaurès, sollicité par les ouvriers.
14 SEPTEMBRE : Conférence de Jaurès, Calvinhac et Leygues (au Théâtre du Capitole : environ 2000 personnes).

 
1890 - 1893
JAURES DEVIENT SOCIALISTE :
AUX COTES DES MILITANTS OUVRIERS TOULOUSAINS
 

Jaurès évoque Charles de Fitte au lendemain de sa mort.

"(...) Je suis désolé de n'avoir pu suivre son cercueil. J'aurais tenu à dire quelle perte fait en lui la démocratie socialiste de Toulouse. Il avait une merveilleuse spontanéité, la décision prompte, l'élan et la vivacité de l'esprit et le pittoresque de la parole et de la pensée qui, dans notre Midi, eut beaucoup servi à la propagation de nos idées. Surtout (et c'est par-là que son exemple peut être proposé) il vivait depuis quelque temps d'une vie intérieure, d'une vie de pensée toujours plus absorbante et plus ardente" (...).

Lettre de Jaurès à Heuillet, un typographe
de
La Dépêche, Paris
(26 avril 1893).
 
"LE SOCIALISME EST L'APPROFONDISSEMENT DE LA REPUBLIQUE ..."
 
"C'est parce que le socialisme proclame que la république politique doit aboutir à la république sociale, c'est parce qu'il veut que la république soit affirmée dans l'atelier comme elle est affirmée ici ; c'est parce qu'il veut que la nation soit souveraine dans l'ordre économique pour briser les privilèges du capitalisme oisif comme elle est souveraine dans l'ordre politique, c'est pour cela que le socialisme sort du mouvement républicain".
J. Jaurès, Chambre des Députés (21 novembre 1893).
 
"Aucun homme n'a le droit de s'instituer ainsi le juge des autres hommes et de porter contre ses semblables une sentence de mort".
J.Jaurès, La Dépêche (20 février 1894).
 
"De cette passion de l'humanité quelque chose sortira qui sera plus grand que l'humanité elle-même, et de l'ardente nuée humaine jaillira un éclair divin". [...]
Mais pour qu'aucun individu ne soit à la merci d'une force extérieure, pour que chaque homme soit autonome pleinement, il faut assurer à tous les moyens de liberté et d'action. Il faut donner à tous le plus de science possible et le plus de pensée, afin qu'affranchis des superstitions héréditaires et des passivités traditionnelles, ils marchent fièrement sous le soleil. Il faut donner à tous une égale part de droit politique, afin que dans la Cité aucun homme ne soit l'ombre d'un autre homme, afin que la volonté de chacun concoure à la direction de l'ensemble et que, dans les mouvements les plus vastes des sociétés, l'individu humain retrouve sa liberté". [...]

J. Jaurès, Socialisme et liberté, Revue
de Paris (décembre 1898).

 
QUI SONT LES SOCIALISTES ?
 

Le congrès de LONDRES de l'Internationale (1896) définit les conditions d'admission au prochain congrès :

- Les représentants des groupements qui poursuivent la substitution de la propriété et de la production socialiste à la propriété et à la production capitaliste, et qui considèrent l'action législative et parlementaire comme l'un des moyens nécessaires pour arriver à ce but.

- Les organisations purement corporatives qui, bien que ne faisant pas de politique militante, déclarent reconnaître la nécessité de l'action législative et parlementaire. Par conséquent, les anarchistes sont exclus.

"Si nous allons vers l'égalité et la justice, ce n'est pas aux dépens de la liberté : nous ne voulons pas enfermer les hommes dans des compartiments étroits, numérotés par la force publique. Nous ne sommes pas séduits par un idéal de réglementation tracassière et étouffante. Nous aussi nous avons une âme libre ; nous aussi nous sentons en nous l'impatience de toute contrainte extérieure ! et si, dans l'ordre social rêvé par nous, nous ne rencontrions pas d'emblée la liberté, la vraie, la pleine, la vivante liberté, si nous ne pouvions pas marcher et chanter et délirer même sous les cieux, respirer les larges souffles et cueillir les fleurs du hasard, nous reculerions vers la société actuelle. [...] Plutôt la solitude avec tous ses périls que la contrainte sociale ; plutôt l'anarchie que le despotisme quel qu'il soit ! Mais encore une fois, quand on s'imagine que nous voulons créer un fonctionnarisme étouffant, on projette sur la société future l'ombre de la société actuelle. La justice est pour nous inséparable de la liberté".

J. Jaurès, La Revue Socialiste (avril 1895).
 
1905
NAISSANCE DU PARTI SOCIALISTE UNIFIE
(SECTION FRANCAISE DE L'INTERNATIONALE OUVRIERE)
 
LA DIFFICILE UNITE SOCIALISTE : 1879 - 1905.

L'EMIETTEMENT DU SOCIALISME : 1871 - 1890

1879 : Congrès de Marseille : Fondation de la Fédération des travailleurs socialistes de France
1880 : Congrès du Havre > départ des mutuellistes
1881 : Congrès de Reims > départ des anarchistes
1882 : Congrès de Roanne > départ des guesdistes qui fondent le Parti Ouvrier Français (P.O.F.)
Il reste la Fédération des Travailleurs Socialistes : F.T.S. (Broussistes)
1890 : Congrès de Châtellerault > départ des Allemanistes qui fondent le Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire (P.O.S.R.)
Depuis 1881 les Blanquistes sont à part dans le "Comité Révolutionnaire Central" (C.R.C.) qui devient "Parti Socialiste Révolutionnaire" ( P.S.R.) en 1898.

 
VERS LA PREMIERE UNITE SOCIALISTE : 1893 - 1899

Le rôle unificateur du groupe parlementaire :
1893 : 50 Députés
1896 : Programme de Saint-Mandé
La poursuite du morcellement :
1893 : Le P.O.S.R. reste à l'écart du Groupe
1896 : L'alliance Communiste se sépare du P.O.S.R.
1899 : Naissance de la Confédération des Socialistes Indépendants
Le rôle unificateur du Dreyfusisme
Juin 1898 : Punch du Tivoli-Vaux-Hall
Octobre 1898 : Comité de vigilance socialiste
Janvier 1899 : Comité d'entente socialiste
Décembre 1899 : (Congrès de Japy) "Comité général" des organisations socialistes

 
LE NOUVEL EFFRITEMENT : 1900 - 1904
Septembre 1900 : Congrès de Wagram - départ du P.O.F.
Mai 1901 : Congrès de Lyon - départ du P.S.R.
 
CET EFFRITEMENT EST LIMITE
Mai 1902 : Congrès de Tours : Création du Parti Socialiste Français (P.S.F.) regroupant : les Socialistes indépendants, la Fédération des Travailleurs Socialistes, les fédérations autonomes.
Septembre 1902 : Congrès de Commentry : Création du Parti Socialiste de France (P.S. de F.) regroupant :
Le Parti Ouvrier Français, le Parti Socialiste Révolutionnaire,
l'Alliance communiste.
Le Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire reste à l'écart
 
VERS LA SECONDE UNITE

Août 1904 : Appel du Congrès de l'Internationale Socialiste (Amsterdam)
Décembre 1904 : Commission d'unification
Avril 1905 : Congrès du Globe

 
CREATION DU PARTI SOCIALISTE UNIFIE (S.F.I.O.)

Il unit:

- Le Parti Socialiste Français (P.S.F.)
- Le Parti Socialiste de France (P.S.de F.)
- Le Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire (P.O.S.R.)
- Les Fédérations Autonomes

Mais d'assez nombreux élus Socialistes refusent l'unité. Et, en 1906, la charte d'Amiens cristallise la volonté de la C.G.T.de se penser comme un autre socialisme.

"Jamais le devoir n'a été plus pressant de réaliser l'Union socialiste [...]
"Donc, organisons le prolétariat comme une force distincte..., mais ne l'isolons pas du mouvement républicain ; ne négligeons pas les forces immenses qui sont contenues comme à l'état latent dans le mot république, et faisons-les se dégager au profit du Socialisme, en montrant que celui-ci est aujourd'hui pour la République la sauvegarde nécessaire aussi bien que la conclusion inévitable".

J. Jaurès, La Dépêche de Toulouse
(27 décembre 1892).
Dès son adhésion au Socialisme, Jean Jaurès était un fervent partisan de l'Unité.

 
ENGAGEMENT SOCIALISTES
 
Fin 1903, à Armentières, à Caudry, au Cateau-Cambresis, à la chambre des députés, il attaque ouvertement le patronat du nord, responsable de la misère ouvrière.

Il critique sans ménagement le gouvernement et les radicaux tant pour leur politique intérieure (provocations et violences policières) qu'extérieure (alliance Franco-Russe, expédition au Maroc).

A partir de Juillet 1909, face à la dégradation de la vie politique, il dénonce sans relache ce qu'il nomme le " Briandisme ".

 
JAURES, LES LUTTES OUVRIERES ET LA CGT
 
"Ne formez plus qu'une seule famille prolétarienne dont les coeurs battent à l'unisson, que votre syndicat rejoigne dans la confédération générale, l'ensemble des prolétaires de France".

J. Jaurès, Mazamet (4 avril 1909).

Le texte approuvé à Amiens par la C.G.T. proclame l'indépendance du syndicalisme par rapport au parti socialiste et aux anarchistes : c'est la "Charte d'Amiens" (octobre 1906).

"En ce qui concerne les organisations, le Congrès décide qu'afin que le syndicalisme atteigne son maximum d'effet, l'action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale".

Dans la Tribune syndicale qu'il a ouverte dans l'Humanité, Jaurès est attaqué par Griffuelhes, le secrétaire général de la C.G.T..

"Le référendum ouvrier et la représentation proportionnelle dans la C.G.T. forment, d'après les organes du capital, le mécanisme de la pompe aspirante à l'aide de laquelle ils espèrent ramener le syndicalisme au mutualisme, au corporatisme étroit, fermé, soumis et incliné devant l'oligarchie du pouvoir et des privilèges (...). Je n'oublie pas qu'au dessus de cette besogne plane l'âme de Jaurès ! Il est en quelque sorte le parrain de ces référendums ou pour parler plus exactement la couverture".

L'Humanité (18 septembre 1908).
"On nous reproche de ne pas faire effort pour amener, par l'action extérieure du Parti, le syndicalisme au socialisme. Nous ne pouvons pas l'amener, il est déjà une forme immédiatement ouvrière du socialisme et le service qu'il nous rendra dans la conquête difficile et diffuse de la démocratie à laquelle nous allons procéder, c'est de nous garder dans cette conquête, dans cet effort d'assimilation infiniment difficile, où nous sommes exposés à toutes les compromissions, à des transactions fâcheuses, c'est de nous garder contre ces déviations, (la confusion, la subordination, l'ingérence) en nous rappelant toujours à l'intégrité de la pensée ouvrière, condensée par le syndicalisme, en des foyers de vie si ardents qu'aucune équivoque ne pourra subsister [...]".
J. Jaurès, Discours prononcé au 5ème congrès du Parti Socialiste S.F.I.O.
(Toulouse, octobre 1908)
 
Syndicats et syndiqués en FRANCE de 1880 à 1913:

"Quels que soient les coups répétés qui frappent sur nous, je ne veux prononcer aucune parole de faiblesse. La puissance de vie qui est dans le socialisme emporte toutes les ombres des destinées individuelles... Si grande soit la perte faite par nous, quelque douleur que nous ressentions à la mesurer, c'est une invincible espérance qui vit en nous et notre allégresse se rit de la mort, car la route est bordée de tombeaux, mais elle mène à la justice".

J. Jaurès, Discours aux obsèques de
Francis de Pressensé (22 janvier 1914).

"Oh ! je ne demande pas aux jeunes gens de venir à nous par mode. Ceux que la mode nous a donnés, la mode nous les a repris [...]. Mais je demande à tous ceux qui prennent au sérieux la vie, si brève, même pour eux, qui nous est donnée à tous, je leur demande : qu'allez-vous faire de vos vingt ans ?".

J. Jaurès, Discours prononcé aux obsèques de Francis de Pressensé (22 janvier 1914).
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