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Le personnage - Centre National Jaurès
 
L'UN DES PLUS GRANDS ORATEURS DE NOTRE HISTOIRE
 

"Au début d'un discours, sa voix était monocorde, traînante, grasseyante ; son geste, court et embarrassé. Mais soudain jaillissait l'idée, drue, éblouissante. Sa pensée s'élevait et élevait son auditoire avec lui. Sa voix devenait alors tour à tour cuivre vibrant, tonnant, emplissant les plus vastes édifices ; ou se faisait caressante, parfois ironique, séduisante même. Le geste accompagnait la période. Tantôt la main droite s'élevait ou s'abaissait, comme pour briser un obstacle ; tantôt elle fendait l'espace comme pour laisser passer l'Idée. Parfois, les bras en avant et le buste penché vers l'auditoire, il semblait vouloir cueillir les esprits conquis.
Enfin, ses bras courts élevés vers le ciel nous rappelaient ce rêve que, jadis, normalien en vacances, il confiait à son ami Charles Salomon : "Je voudrais tenir la charrue. Alors, je demanderais à l'ombre d'élargir mon geste jusqu'aux étoiles."

Vincent Auriol, Jean Jaurès (1961).

 

"Qui voyait Jaurès dans un salon voyait un homme peu soucieux de l'opinion et des usages, et souvent mal cravaté ; mais la voix était toute politesse, par une douceur chantante où l'oreille ne découvrait aucune force ; chose miraculeuse, car chacun avait souvenir de cette dialectique métallique et de ce rugissement, voix du peuple lion. La force n'est pas contraire à la politesse ; elle l'orne ; c'est puissance sur puissance."

Alain, Journal (30 juillet 1921
 
[...] "L'homme-orchestre des grandes symphonies sociales. [...]
Nul ne soupçonnait le prodige de sa parole, pourtant. Révélation merveilleuse ! L'organe est aigre et haletante la respiration, comme la période. N'importe ! Le verbe est orchestré puissamment, s'épand en une harmonie tumultuaire, où il y a des chants, des plaintes et des cris. Ce n'est pas Mirabeau, ni Lamartine : c'est Wagner. Et quel envol ! Un albatros. Sans doute, presque physique est le besoin de parler, en ce monstre de la parole. Il est le verbomoteur décrit par Charcot. Sur ce trépied qu'est la tribune, sa chair doit connaître les transes des sibylles. On a devant soi l'aïssaoua ou le derviche tourneur. Gambetta ne secrétait de l'éloquence qu'étant debout. Lui, mû par la folie verbale, en secréterait sur le dos, sur le ventre ou la tête en bas. Logorrhée torrentielle, dira-t-on, et inlassable gargouille. Logorrhée précieuse, alors, et gargouille enchantée. Le flot ne roule pas des arpèges, en effet, et les idées s'y pressent, vêtues magnifiquement. Par elles s'allégèrent les massives doctrines de Marx, et ce fut l'école du plein-air, succédant à celle du clair-obscur". [...]

Adolphe Tabarant, "Quelques visages de ce temps-ci" (1909).

"Quand on l'écoutait, on avait l'impression d'un extraordinaire torrent verbal, charriant avec les mots un flot de riches pensées, d'innombrables réminiscences classiques, et quand, avec les heures qui s'accumulaient, ce torrent coulait toujours, bien loin de s'amenuiser, il semblait qu'il se transformât en quelque Gange épandu.
Avec aucun autre orateur je n'ai éprouvé pareille sensation d'abondance, non pas "l'ignoble abondance avocassière" dont parle quelque part Barrès, mais une abondance faite d'inépuisables réserves de mots, d'idées, de thèses, de souvenirs puisés dans les littératures de tous les temps et de tous les pays."

André Siegfried de l'Académie Française, Savoir parler en public (1950

 
DIVERSITE DE L'ACTIVITE DE JAURES
JAURES EST SURCHARGE D'ACTIVITE.

IL DIRIGE "L'HISTOIRE SOCIALISTE. 1789 - 1900" ET REDIGE "L'HISTOIRE SOCIALISTE DE LA REVOLUTION FRANCAISE".

IL COLLABORE A LA REVUE DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE.

IL COMBAT LA PEINE DE MORT.

IL MENE CAMPAGNE POUR LA REPRESENTATION PROPORTIONNELLE.

Dans sa circonscription, il est proche de ses électeurs

Il fait preuve d'une grande curiosité intellectuelle, scientifique, artistique et littéraire.
"L'esprit humain est comme la nature elle-même, comme la vie elle-même ; il procède par tâtonnements, par perceptions incomplètes et rectifications successives. Si l'organisme attendait, pour se nourrir, d'avoir rencontré des aliments qu'il puisse assimiler pleinement et immédiatement sans élaborations successives et sans déchets, il périrait. Si les sens attendaient, pour s'exercer, d'avoir atteint la perfection de leur jeu, si l'esprit ne se risquait à induire qu'après des expériences répétées, si l'imagination naissante, aux prises avec la réalité immense et confuse, s'interdisait toute anticipation, toute analogie superficielle et hâtive, l'enfant resterait plongé à jamais dans le sommeil des sens et de la pensée. [...]
Il y a, dans le voyage de l'esprit à travers la réalité, une part d'aventure dont il faut d'emblée accepter le risque".
J. Jaurès, Revue de l'enseignement
Député et militant socialiste, il multiplie ses interventions et travaille sans relâche au progrès de la SFIO.
 

Jaurès préside les commissions d' enquête sur les affaires Rochette (1910 - 1912) et Caillaux (1914).

 
JAURES ET L'OCCITANIE
EXTRAIT D'UNE FEUILLE DE PROPAGANDE ELECTORALE LORS DE LA PREMIERE CAMPAGNE DE JAURES (1885).

(As électous de la coumuno de Santo-Gemmo)

M. Jaurès es prou counégut dins lou pays ; malgré qué n'axo qué 26 ans, es un ouratur distinguat ; tout lou moundé né parlo dé las counférenços qué a faxos. Es un hommé qué pot rendré bel cop de serbicis : es lou nébout dé l'amiral JAURES, un des pus forts militaris dé la marino qué aben en Franço, un hommé que a renduts et qué rend bel cop dé serbicis. Dounc, sen sigurs qué soun nébout seguira sas traços.

"Per una vinha, unis rasims reborsièrs e calucs diguèron que voliàn pas anar amb lors fraires que se daissavan acampar. Se faguèt coma voliàn, e de que se passèt, venguèron a poirir sus soca, mentre que los autres anèron a la tina ont faguèron lo bon vin que regaudis los cors. Paisans, demorètz pas a l'espart. Metètz amassa los vostres volers, e dins la tina de la Republica, preparatz lo vin de la Revolucion sociala !"

J. Jaurès. Discours du 1er mai 1905 à Maraussan (Hérault)
(Restitution à l'occitan par R. Pech, P. Canivenc, G. Maurand)

"J'ai le goût le plus vif pour la langue et pour les oeuvres de notre midi, du Limousin et du Rouergue au Languedoc et à la Provence. J'aime notre langue et j'aime la parler".

J. Jaurès, La Dépêche (27 septembre 1909
 
occitanie et latinite
 

"J'ai été frappé de voir, au cours de mon voyage à travers les pays latins, que, en combinant le français et le languedocien, et par une certaine habitude des analogies, je comprenais en très peu de jours le portugais et l'espagnol. J'ai pu lire, comprendre et admirer au bout d'une semaine les grands poètes portugais. Dans les rues de Lisbonne, en entendant causer les passants, en lisant les enseignes, il me semblait être à Albi ou à Toulouse. Si, par la comparaison du français et du languedocien, ou du provençal, les enfants du peuple, dans tout le Midi de la France, apprenaient à retrouver le même mot sous deux formes un peu différentes, ils auraient bientôt en main la clef qui leur ouvrirait, sans grands efforts, l'italien, le catalan, l'espagnol, le portugais. Et ils se sentiraient en harmonie naturelle, en communication aisée avec ce vaste monde des races latines, qui aujourd'hui, dans l'Europe méridionale et dans l'Amérique du Sud, développe tant de forces et d'audacieuses espérances. Pour l'expansion économique comme pour l'agrandissement intellectuel de la France du Midi, il y a là un problème de la plus haute importance, et sur lequel je me permets d'appeler l'attention des instituteurs".

J. Jaurès, Revue de l'Enseignement
Primaire (15 Octobre 1911
 
UN HOMME POLITIQUE DE DIMENSION INTERNATIONALE
 
Membre du Bureau Socialiste International de 1901 à 1914, il est un des responsables les plus influents de l'Internationale socialiste.

"La vérité est que dès maintenant, d'un bout à l'autre de l'Europe, de Petersbourg et de Moscou à Londres, par Berlin, une force ouvrière internationale se constitue, s'organise, qui peut devenir une garantie efficace de paix européenne et de progrès social".

J. Jaurès, Chambre des députés
(8 Décembre 1905).
 
LE CONGRES DE LA IIème INTERNATIONALE A STUTTGART
 
Conclusion de la résolution sur le militarisme

"Le Congrès déclare :
Si une guerre menace d'éclater, c'est un devoir de la classe ouvrière dans les pays concernés, c'est un devoir pour leurs représentants dans les Parlements avec l'aide du Bureau International, force d'action et de coordination, de faire tous leurs efforts pour empêcher la guerre par tous les moyens qui leur paraissent les mieux appropriés et qui varient naturellement selon l'acuité de la lutte des classes et la situation politique générale.
Au cas où la guerre éclaterait néanmoins, ils ont le devoir de s'entremettre pour la faire cesser promptement et d'utiliser de toutes leurs forces la crise économique et politique créée par la guerre pour agiter les couches populaires les plus profondes et précipiter la chute de la domination capitaliste".

Conclusion de la résolution sur "la question coloniale"

"Le Congrès déclare que les mandataires socialistes ont le devoir de s'opposer irréductiblement dans tous les parlements à ce régime d'exploitation à outrance et de servage qui sévit dans toutes les colonies existantes, en exigeant des réformes pour améliorer le sort des indigènes, en veillant au maintien des droits de ceux-ci, en empêchant toute exploitation et tout asservissement, et en travaillant par tous les moyens dont ils disposent, à l'éducation de ces peuples pour l'indépendance".

 
LA CIBLE PRIVILEGIEE DES NATIONALISTES
 
Dès 1903, la caricature présente Jaurès comme un "Agent de l'Allemagne"...
...Mais c'est surtout à partir de 1913 que la presse nationaliste s'acharne contre lui.

"Herr Jaurès"...Ce titre civil ne lui convient plus. C'est major général Jaurès qu'il faut dire. Il a bien mérité un haut grade dans l'armée allemande, car nul Allemand ne l'a mieux servie dans ces dix dernières années [...]. Qu'il se lève donc et se fasse connaître, le sujet allemand qui a plus fait que Jaurès pour l'Allemagne et qui a mieux mérité la Croix de fer avec l'aigle en diamant".

La Liberté (4 mars 1913).
 

"La France parle ; M. Jaurès, taisez-vous ! Et comme cet avis a son importance, et pour être sûr de me faire comprendre de vous et de vos amis, je traduis à leur intention et à la vôtre : Frankreich spricht, still, Herr Jaurès !".

Franc - Nohain, l'Echo de Paris (13 mars 1913).

"M. Jaurès continue de travailler nos soldats. Il s'est juré de donner Paris aux Prussiens, cet homme [...]. Nous aurons cent quatre-vingt-six mille Prussiens chez nous avant que nos journaux aient le temps de tirer une édition spéciale, et nous apprendrons du même coup : la guerre, l'invasion et l'occupation de nos principaux points stratégiques. Bah ! Le généralissime Jaurès se charge de tout. C'est lui qui, à la tête de ses milices, traitera la capitulation de Paris. Ce jour-là, L'Humanité paraîtra en deux langues, comme elle en a déjà fait l'essai. Et Paris aura vécu".

Maurice de Waleffe, Midi-Paris (2 avril 1913

 
"Il faut citer Jaurès non seulement comme un agitateur parlementaire funeste, mais comme l'intermédiaire entre la corruption allemande et les corrompus de l'antimilitarisme français. [...] Une enquête sérieuse, menée par un pouvoir national ferait apparaître par toute l'étendue de ses articles et de ses discours, les tâches de l'or allemand. [...] Il serait bien de ne pas perdre de vue ce traître".
Charles Maurras, l'Action Française
(21 mai 1913).
 
" Dites-moi, à la veille d'une guerre, le général qui commanderait à quatre hommes et un caporal de coller au mur le citoyen Jaurès et de lui mettre à bout portant le plomb qui lui manque dans la cervelle, pensez-vous que ce général n'aurait pas fait son plus élémentaire devoir ? Si, et je l'y aiderai !"
Maurice de Waleffe, Midi-Paris (17 juillet 1914).
 

"S'il y a un chef en France à ce moment-là qui soit un homme, M. Jaurès sera "collé au mur", en même temps que les affiches de mobilisation. Sinon, les Français auront l'ennemi devant eux et la trahison dans le dos".

Urbain Gohier, La Sociale (1914).
 

"Jaurès est un homme qui a perdu le pli de la nationalité française et qui s'est laissé faire une mentalité étrangère. Il a pris même le physique de l'Allemand. Il en a la carrure ramassée et lourde, la barbe rousse et broussailleuse, la physionomie professorale, le style dogmatique et pédant [...]. J'ai ouï dire qu'il pourrait faire ses discours aussi bien en allemand qu'en français. Cela se sent lorsqu'on l'écoute et qu'on le lit. Ses discours sont conçus de telle sorte que si le Parlement de France les adoptait, l'Allemagne n'aurait qu'à faire passer ses armées chez nous, sans trouver d'armée française qui lui résiste".

Franc - Nohain, l'Echo de Paris (23 juillet 1913)
 
JAURES ET LA "RECLAME"
 
Comme plusieurs autres hommes politiques de son temps, Jean Jaures fut aussi un "acteur publicitaire" relativement prisé.

 
Il fut notamment le porte-parole de:

L' ORANGEADE LIEUTARD (vers 1904).
LA TABLE CHAUFFANTE ET LA LAMPE PHEBUS (1907).
LE STYLO-PLUME ONOTO (1908).

 
L'ASCETE AU BEURRE
UN LIBELLE CONTRE JAURES
 
Le 20 octobre 1901, après avoir fait le point sur son énorme travail journalistique et sur les gains que cela lui rapportait, Jaurès concluait ainsi un article de La Petite République.

 
"Hors de La Petite République, le surcroît de ressources que je réalise, je le dois exclusivement à un incessant et loyal labeur, au libre et honnète travail de ma plume, qui est dans mes mains une garantie d'indépendance, et la garantie aussi du large bien-être que je suis heureux d'assurer à moi et aux miens. Car, si je ne suis pas un lucullus, je ne suis pas non plus un ascète..."

En réponse à cet article, Urbain Gohier, polémiste dreyfusard au temps de l' Affaire, pamphlétaire antimilitariste, publia en juillet 1903 ce libelle de 24 pages.
Aidé de Grandjouan, dessinateur libertaire de la véritable "Assiette au Beurre" et de l'organe de la C.G.T. "La Voix du Peuple", son souci était avant tout de traîner dans la boue Jaurès pour déconsidérer le millerandisme et la politique du bloc.
Il s'agissait donc d'une critique de "gauche" ; une des plus viles et des plus mensongères que Jaurès ait dû supporter.

 
JAURES : UN HOMME D'EXCEPTION


UNE INTELLIGENCE ET UNE CULTURE EXCEPTIONNELLES DES QUALITES HUMAINES REMARQUABLES

* Chaleur et sympathie du militant.
* Sensibilité.
* Tolérance : un homme politique qui n'a pas de haine pour ses adversaires.
* Refus des simplismes, des sectarismes.
* Contre la guerre, il est internationaliste, mais aussi patriote.
* Contre le militarisme, il est partisan d'une armée nouvelle.
* Anticlérical, il respecte les attitudes religieuses et se réfère sans cesse à l'idéal.

UNE TELLE PERSONNALITE NE POUVAIT ET NE PEUT LAISSER INDIFFERENT
 
* Jaurès a pu inspirer le respect à certains de ses adversaires (ainsi Maurice Barrès).
* le plus souvent, les conservateurs, les "nationalistes" eurent pour lui de la haine ; Jaurès en est mort.
* Aujourd'hui, aiment Jaurès non seulement tous ceux qui voient en lui un des grands noms du socialisme, mais aussi tous ceux qui sentent à quel point il fut un homme, au sens plein du terme, donnant à la politique un de ses plus nobles visages.

" Si nous allons vers l'égalité et la justice, ce n'est pas aux dépens de la liberté".
Revue Socialiste (Avril 1895).

"Qu'importe que le temps nous retire notre force peu à peu, s'il l'utilise obscurément pour des oeuvres vastes en qui survit quelque chose de nous".
Discours à la jeunesse (Juillet 1903).

"Dans notre France moderne, qu'est-ce donc que la République ? C'est un grand acte de confiance, c'est proclamer que des millions d'hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action."
Discours à la jeunesse (Juillet 1903).

/ "L'homme ne sait pas regarder, il ne sait pas voir. En toute chose nous ne sommes qu'aux éléments. L'infini est devant nous."
Revue de l'Enseignement Primaire
et Primaire Supérieur (Août 1912).

 
"La buvette est le lieu sacré des armistices,
Qu'un seul ne peut violer sans que tous le maudissent,
Pour âpre et violent qu'ait été le combat,
Ici, sans hésiter, on met les armes bas,
Le citoyen Jaurès parle à l'abbé Lemire.
Coutant, pape d'Ivry, veut baptiser Aynard
Qui sourit et pelote Vaillant le Communard.
Le vieux Baudry d'Asson chante la carmagnole
Et Brisson, oui, Brisson, quand il y vient rigole.
Prodigieux vraiment comme devant ce bar
S'humanisent les plus enragés de chambard".

Paul Vigné d'Octon, Les Grands et les petits mystères du Palais-Bourbon (1928).

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