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| Ses
origines et son enfance - Centre National
Jaurès |
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| UNE FAMILLE
BOURGEOISE ENRACINEE DANS LE TARN |
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| "Jaurès était
un rural, par son ascendance, par son atavisme, par ses
goûts. Fortement marqué du terroir albigeois,
il était paysan jusqu'au tréfonds de son
être [...]. Son enfance rustique le marqua pour
toujours ; "Un paysan de génie" a-t-on
dit, et qui vivait dans une sorte de communion d'esprit
avec les forces intimes de la terre..." |
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Lucien Naves, l'Humanité (19
avril 1964).
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| "Il y a des heures où nous
éprouvons à fouler la terre une joie tranquille
et profonde comme la terre elle-même. Si nous l'enveloppions
seulement d'un regard, elle ne serait pas à nous
; mais nous pouvons nous coucher en son sein et nous faire
porter par elle, et sentir je ne sais quelles palpitations
profondes qui répondent à celles de notre
coeur. Que de fois en cheminant dans les sentiers, à
travers champs, je me suis dit tout à coup que
j'étais à elle et qu'elle était à
moi". [...] |
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J. Jaurès,
De la réalité du monde sensible (1891).
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| JEAN JAURES ET SES
PROCHES |
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Après de brillantes études
au collège de Castres et à l'Ecole navale,
il participe, en 1886 aux essais du premier sous-marin
"Le Gymnote". Capitaine de Frégate, il
sauve en 1903 les marins abandonnés en Afrique
par l'industriel Jacques Lebaudy qui s'était proclamé
"Empereur du Sahara".
Capitaine de Vaisseau, mis en cause en 1911 lors de l'explosion
du cuirassé Liberté en rade de Toulon, il
est acquitté à l'unanimité par le
conseil de guerre.
Pendant la guerre 1914-1918, Préfet maritime de
Cherbourg, il reçoit, à ce titre, du Président
des Etats-Unis, la "Distinguished Service Medal".
Vice Amiral, Député de Paris, grand officier
de la légion d'honneur, il repose au cimetière
de Castres près de sa mère.
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| "Contrairement à
l'opinion qu'on se fait habituellement de lui, Jaurès
était d'une sensibilité très contenue
et susceptible. C'était un homme qui avait été
déçu dans ses premières affections,
et qui ne se confiait plus : il s'extériorisait,
c'est différent. Ses camarades d'école,
puis de parti, l'avaient ridiculisé à cause
de ses maladresses, de son air empoté, de sa bonté
naïve. Le fond de son caractère, c'était
la bonté. Il ne croyait pas à la perversité
des hommes, il voyait les hommes tels qu'ils les aurait
voulus. Dans son propre foyer, il était peu compris.
Le résultat, c'est qu'il se parlait à lui-même,
il s'extériorisait par des discours. Je l'ai entendu
parler, étendu dans l'herbe, à Bessoulet,
parlant aux étoiles. C'était magnifique,
à en pleurer". |
| Souvenirs de Lucien Bilange, Secrétaire
particulier de Jaurès de 1899 à 1905. |
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LES AMIRAUX JAURES
CHARLES JAURES (CASTRES 1808 - PARIS 1870). PEINTURE DE
LEHMANN. |
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Officier de marine, il prend part comme
enseigne de vaisseau à l'expédition d'Alger
puis il fait partie de la mission du Louxor, allant chercher
en Egypte l'obélisque destinée à
la Place de la Concorde.
La plus grande partie de sa carrière se déroule
dans les mers de Chine. Il commande, en 1848, "le
Solon", sur lequel prirent place pour gagner l'Angleterre,
le Duc et la Duchesse d'Aumale ainsi que le Prince et
la Princesse de Joinville.
En 1856, il est l'un des quatre membres français
de la commission internationale pour les travaux de percement
de l' Isthme de Suez.
Vice-Amiral en 1864, membre de l'ordre du Bain, il fut
aussi Commandeur de la Légion d'Honneur.
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| BENJAMIN JAURES (PARIS
1823 - 1889). |
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Officier de marine, il prend part au
siège de Sébastopol et aux campagnes de
Chine. En 1870, Capitaine de vaisseau, il est promu
Général de division et appelé par
Gambetta au commandement du 21ème corps d'armée
de la Loire. Il se couvrit de gloire au Mans, à
Marchenoir, à Sillé-le-Guillaume.
Membre de l'Assemblée Nationale en 1871, député
du Tarn en 1875, Sénateur en 1876, Vice-Amiral
en 1878, Ambassadeur de France à Madrid puis
à Saint-Petersbourg, il mourut en 1889 Ministre
de la marine, Grand-croix de la Légion d'Honneur.
Sa statue est érigée à Graulhet
(Tarn).
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| UNE ENFANCE DANS LA
CAMPAGNE CASTRAISE |
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| "Nous cheminions sur un plateau
découvert, bordé à notre gauche par
de petits coteaux arrondis qui s'enchaînent les
uns aux autres par des prairies en forme de ravins..."
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| Jaurès, son frère, son
père et sa mère à la Fédial.
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| "Tu devines à
peu près, mon cher ami, l'emploi de ma journée.
Je me lève sur les 7 heures, je hume l'air frais,
je fais le tour de mes terres, et, à 9 heures,
je me mets à table sur la terrasse, à l'ombre
de deux acacias ; je reste sur la terrasse à causer
avec Papa et Maman, ou je vais faire, chez un de nos voisins,
une partie de billard... Nous soupons quelquefois dans
l'aire, pendant qu'on vanne, pour surveiller le grain.
Après le dîner, le plus souvent, nous nous
asseyons en famille devant la porte ; et, à peine
le soleil est-il couché, que des milliers de grillons
font comme nous : ils montent de leur trou et se mettent
sur leur porte, pour prendre le frais". |
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J. Jaurès.
Lettre à Charles Salomon,
La Fédial (23 août 1880).
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| UN COLLEGIEN D'EXCEPTION |
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| Jaurès salue le préfet
du Tarn : son premier discours (Mai 1876)
"Monsieur le Préfet, laissant
aux fonctionnaires supérieurs de l'Université
le soin de mesurer nos progrès scientifiques
ou littéraires, vous avez voulu par votre présence
dans cette enceinte, où tous nous vous accueillons
avec respect, nous donner un gage de la sollicitude
profonde du gouvernement que vous représentez
pour l'éducation morale de la jeunesse française.
Sans cette éducation, en effet, celui-ci serait
impuissant à raffermir l'édifice ébranlé
naguère, de notre grandeur nationale.
Chargé d'assurer le respect de nos institutions,
il ne peut accomplir son oeuvre si, sous un autre régime
où il n'y a pas d'autorité souveraine
et reconnue que celle de la loi, on n'enseigne à
la génération nouvelle le culte et, suivant
l'expression antique, la pudeur de la loi. En vain travaillerait-il
à la restauration de notre gloire, de notre puissance
écroulée ! Sans l'éducation morale,
il ne peut susciter l'obéissance éclairée,
volontaire, ayant pour principe l'amour du pays et des
institutions qui le régissent, et seule capable
d'assurer nos destinées futures. Aussi le pouvoir
veut-il, et vous avez tenu à nous le prouver
par votre présence, qu'on prépare la jeunesse
française à obéir non parce qu'il
le faut mais parce qu'elle le doit, dans l'intérêt
de la France ; et à aimer la discipline qui,
subie, dégrade l'homme, et librement acceptée
le relève. Il veut que nos âmes façonnées
aux vertus publiques et comme forgées par les
leçons de nos maîtres sortent de leurs
mains toutes faites pour la patrie.
Aussi, Monsieur le Préfet, en réponse
à votre visite qui est un honneur pour nous et
un appel à notre bonne volonté, je vous
le promets au nom de mes condisciples dont je suis l'interprète,
nous travaillerons plus tard à servir notre pays
comme nous travaillons aujourd'hui à nous rendre
digne de le servir."
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| PALMARES DU COLLEGE
DE CASTRES : LES SUCCES SCOLAIRES DE JAURES. |
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Année scolaire 1869-70
- Classes élémentaires - 1er prix d'excellence
: version latine, thème latin, thème grec,
2ème prix de français ; 2ème accessit
d'histoire et géographie.
Année scolaire 1871-72 - Classe de quatrième
- 1er prix d'excellence : version grecque, thème
latin, français, histoire et géographie,
thème grec, version latine, histoire naturelle,
calcul, allemand - Tous les premiers prix.
Année scolaire 1873 - Classe de Troisième
- 1er prix de tableau d'honneur, d'excellence, d'examens
semestriels, composition française, version latine,
version grecque, histoire, mathématiques ; 1er
accessit de récitation.
Année scolaire 1874 - Classe de Deuxième
- 2ème prix d'instruction religieuse ; 1er prix
d'excellence : composition française, narration
latine, version latine, version grecque, vers latin, thème
grec, histoire, mathématiques, histoire naturelle,
récitation, allemand. - Tous les premiers prix.
Année scolaire 1875 - Rhétorique - 1er prix
d'instruction religieuse ; prix d'excellence : discours
latin, discours français, version latine, vers
latin, version grecque ; 2ème accessit d'histoire
et géographie ; 1er accessit de mathématiques
; 1er prix d'alllemand, de philosophie ; 1er prix d'excellence
: dissertation française, dissertation latine,
mathématiques, physique et histoire naturelle ;
1er accessit d'allemand. |
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Concours académique entre tous
les lycées et colléges de l'Académie.
Classe de Quatrième : 2ème accessit d'allemand.
Classe de Troisième : 3ème accessit de
version grecque.
Classe de Deuxième : 1er prix d'honneur, disours
latin ; 7ème accessit d'histoire, philosophie
; 1er prix de dissertation française.
Concours général entre tous les lycées
et collèges de France. - 2ème prix de
discours latin ; 2ème accessit de dissertation
française (philosophie).
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| UN BRILLANT NORMALIEN |
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| "Je me souviens qu'il y a une trentaine
d'années, arrivé fort jeune à Paris,
je fus saisi un soir d'hiver, dans la ville immense, d'une
sorte d'épouvante sociale. Il me semblait que les
milliers et les milliers d'hommes qui passaient sans se
connaître, foule innombrable de fantômes solitaires,
étaient déliés de tout lien. Et je
me demandais avec une sorte de terreur impersonnelle comment
tous ces êtres acceptaient l'inégale répartition
des biens et des maux, comment l'énorme structure
sociale ne tombait pas en dissolution. Je ne leur voyais
pas de chaînes aux mains et aux pieds, et je me
disais : par quel prodige ces milliers d'individus souffrants
et dépouillés subissent-ils tout ce qui
est ? Je ne voyais pas bien : la chaîne était
au coeur, mais une chaîne dont le coeur lui-même
ne sentait pas le fardeau ; la pensée était
liée, mais d'un lien qu'elle-même ne connaissait
pas. La vie avait empreint ses formes dans les esprits,
l'habitude les y avait fixées ; le système
social avait façonné ces hommes, il était
en eux, il était, en quelques façon, devenu
leur substance même, et ils ne se révoltaient
pas contre la réalité, parce qu'ils se confondaient
avec elle. Cet homme qui passait en grelottant aurait
jugé sans doute moins insensé et moins difficile
de prendre dans ses deux mains toutes les pierres du grand
Paris pour se construire une maison nouvelle, que de refondre
le système social, énorme, accablant et
protecteur, où il avait, en quelque coin, son gîte
d'habitude et de misère".
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J. Jaurès,
L'Armée Nouvelle (1910).
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"Il arriva un matin et sa vue inspira
un grand étonnement aux jeunes élégants
de la rue Caumartin. Il était petit, trapu, déjà
légèrement bedonnant, les cheveux hirsutes,
la longue barbe en fleuve. Sa mise était négligée
; il apparaissait clairement, qu'à l'encontre de
beaucoup de ses auditeurs, lui, ne s'était jamais
livré à des réflexions vestimentaires.
Il y avait en lui quelque chose de robuste et de rustique
qui indiquait clairement une proche origine paysanne.
Certes, il n'était pas Parisien pour un sou et
les augures de la classe prédisaient, à
voix basse, qu'il allait faire un four notoire.
Et voici qu'il se mit à parler, très simple,
très à son aise, sans avoir l'air de se
douter qu'il faisait un début et que cinquante
paires d'yeux investigateurs et malins étaient
braqués sur lui. Il se mit à parler et,
instantanément, ce fut un éblouissement.
C'était un torrent qui déversait devant
nous, sur nous, ses flots pressés et étincelants.
Il n'y eut plus en face de nous un petit homme, gros,
ventru, hirsute, au veston usé, à la cravate
lâche, il n'y avait qu'un verbe qui nous entraînait,
nous emportait, nous illuminait." |
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Témoignage
de Victor Basch, Floréal
(31 Juillet 1920).
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