| |
| L'assassinat
- Centre National Jaurès |
| |
| JAURES
ASSASSINE Le 31 JUILLET 1914 |
| |
|
"Chaque peuple paraît à
travers les rues de l'Europe avec sa petite torche à
la main, et maintenant voilà l'incendie (...).
Quoi qu'il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec
une sorte de désespoir, il n'y a plus, au moment
où nous sommes menacés de meurtre et de
sauvagerie, qu'une chance pour le maintien de la paix
et le salut de la civilisation, c'est que le prolétariat
rassemble toutes ses forces".
J. Jaurès, Vaise
(25 Juillet 1914).
|
|
"Moi qui n'ai jamais hésité
à assumer sur ma tête la haine de nos chauvins,
par ma volonté obstinée et qui ne faillira
jamais de rapprochement franco-allemand, j'ai le droit
de dire qu'à l'heure actuelle le gouvernement
français veut la paix et travaille au maintien
de la paix".
J. Jaurès, Bruxelles
(29 Juillet 1914).
|
| |
| "Ce qui importe avant tout, c'est
la continuité de l'action, c'est le perpétuel
éveil de la pensée et de la conscience ouvrière.
Là est la vraie sauvegarde. Là est la garantie
de l'avenir."
(fin du dernier article
de J. Jaurès) L'Humanité (31 Juillet 1914).
|
| |
| Discours de Léon
Jouhaux (Secrétaire Général de la
C.G.T.) aux obsèques de Jean Jaurès (4 Août
1914). |
| |
| "Avant d'aller vers le grand massacre,
au nom des travailleurs qui sont partis, au nom de ceux
qui vont partir, dont je suis, je crie devant ce cercueil
toute notre haine de l'impérialisme et du militarisme
sauvage qui déchaînent l'horrible crime".
"Grand mort, premier des morts
qui sont morts sans vengeance,
Du carrefour où gît ton corps assassiné
Nous nous tournons vers toi, père sans descendance,
Jean Jaurès, Jean Jaurès, toi qui n'a
pas douté."
|
|
Marcel Martinet,
Extrait de "A un homme en allé" (1918).
|
| |
"J'ai mes regards sur lui, pendant
qu'il les a vers l'infini des choses et des hommes.
Horreur ! le rideau, mon rideau derrière sa tête
vient de se plier, de se soulever légèrement
; un revolver s'est glissé, tenu par une main ;
et cette main, seule, apparaît à 20 centimètres
derrière le cerveau. Pan ! pas d'éclair,
pour ainsi dire, une étincelle rougeâtre.
La fumée d'un cigare : je regarde, figé,
abruti, un quart de seconde ; puis un deuxième
coup ; mais Jaurès déjà est tombé
sur Renaudel, la serviette aux mains, la tarte encore
aux lèvres. Je ne vois pas de sang ; il a à
peine tressailli, n'a pas eu le temps de faire le geste
de se retourner ; il n'a rien dit, pas même pensé,
peut-être.
Je regarde la fenêtre, Landrieu vient de tirer,
d'arracher le rideau ; j'aperçois une ombre, un
chapeau, un verre de bière qui tombe sur une figure,
je me dresse comme une bête en fureur. Dans le silence
qui n'a pas encore été troublé, j'entends
un déchirement, un cri indéfinissable, qui
devait être perçu à plusieurs centaines
de mètres, puis quatre mots hurlés, glapis,
puissamment, férocement, répétés
deux fois : "Ils ont tué Jaurès, ils
ont tué Jaurès !" C'est ma femme qui,
la première, a recouvré la parole."
Témoignage de
Ernest Poisson, Floréal (31 Juillet 1920).
|
| |
| "L'assassinat de M.
Jaurès n'a causé dans les esprits qu'une
émotion relative. Les ouvriers, les commerçants
et les bourgeois sont surpris douloureusement, mais s'entretiennent
beaucoup plus de l'état actuel de l'Europe. Ils
semblent considérer la mort de Jaurès comme
liée aux évènements actuels beaucoup
plus dramatiques".
Xavier Guichard, directeur
de la police municipale de Paris, rapport écrit
le 1er août 1914, quelques heures après
l'assassinat de Jaurès.
|
| |
|
"Il n'aurait pu empêcher
la guerre de 1914 : le fléau de la balance avait
déjà fatalement penché, et rien,
même l'achèvement héroïque
de son effort, ne pouvait plus arrêter le choc
des armées mobilisées. Mais, dès
les premiers échecs, c'est lui qui serait devenu
le Danton, le Carnot, le Gambetta de la France en guerre
; c'est lui qui se serait imposé comme chef effectif
à la coalition des peuples libres, c'est lui
qui aurait conseillé ou dicté la paix.
C'est lui, qui aurait donné ses lois à
la communauté des nations, qui en serait resté
l'inspirateur et le directeur, c'est lui sans doute
qui, au lendemain de la Révolution russe, de
la victoire, aurait rétabli dans son unité
toute-puissante l'organisation internationale du socialisme.
La seule alternative de sa vie et de sa mort a transformé,
bouleversé jusqu'à nous le cours des choses."
Léon Blum, Préface
à Jean Feuillard :
"Jaurès homme d'aujourd'hui" (1948).
|
| |
JAURES APRES JAURES
LA MANIFESTATION DU 6 AVRIL 1919 |
| |
|
"A deux heures les premiers drapeaux
étaient déroulés place Victor Hugo.
Entre les froides rives du grand immeuble du capital,
d'Israël, de la bourgeoisie militante, le flot
humain, ayant pris sa source à Castres, à
Asnières, à Courbevoie, à la Courneuve,
commençait sans bruit à monter : la masse
débouchait dans le seizième arrondissement
comme un immense patronage, intimidée, ne sentant
pas sa puissance. Une idée, pour la banlieue
ouvrière, d'aller passer la journée à
Passy ! Sans Jaurès, elle ne lui serait jamais
venue, Jaurès dont on venait d'acquitter le meurtrier
et qui était tombé pour elle ! Mais le
ciel gris, troué furtivement de bleu pâle,
n'échauffait pas les coeurs, les visages. Ce
n'était pas la victoire du printemps, du prolétariat,
ce n'était pas sa victoire, ni son azur, ni sa
rumeur : c'était la première semaine d'un
avril aigrelet. Beaucoup étaient venus avec la
femme, la belle-mère et les gosses et ils mettaient
de l'humanité et de la couleur dans les rangs
des idéalistes à lorgnons, des doctrinaires
revendicatifs en pardessus noirs. [...]
Perdus dans le prolétariat qui s'écrasait
sur la place, et sans plus d'argent en poche, l'églantine
à la boutonnière, de jeunes bourgeois
qui revenaient de la guerre et croyaient au progrès,
à la paix, à la démocratie, piétinaient
fièrement eux aussi. Enfin, on se mit en marche.
Il était temps."
Maurice Martin du Gard,
Les Mémorables (1921).
|
| |
| L' acquittement de Raoul Villain
provoque une grande émotion dans les millieux populaires,
socialistes et républicains. |
| |
|
"Travailleurs, Jaurès a
vécu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict
monstrueux proclame que son assassinat n'est pas un
crime.
Ce verdict vous met hors-la-loi, vous et tous ceux qui
défendent votre cause.
Travailleurs, veillez !"
Message d'Anatole France,
après l'acquittement de Raoul Villain.
|
| |
|
"L'homme qu'un criminel enleva
à la vie, à la lutte, est toujours vivant
dans notre conscience. Car il fut vraiment un martyr,
au sens propre du terme, c'est-à-dire le témoin
d'une foi, une voix qui s'était fait chair. Sa
commémoration, donc, n'est pas un rite académique
où l'on veut glorifier un homme et créer
un idole. C'est une affirmation de vie, c'est la glorification
d'une idée. Alors que le monde entier est envahi
par une vague de haine qui veut entraîner peuples
et races, nous célébrons en Jean Jaurès
la bonté sans frontières, l'humanité
qui de l'attribut - homme trouve une raison pour une
idée. Alors que le monde est devenu une tombe
obscure où revivent les images terribles d'une
époque lointaine, les monstres antédiluviens
de l'esclavage, de l'obligation au travail forcé,
de l'exportation des masses humaines traitées
comme des troupeaux de brutes et immolées froidement
sur l'autel sanglant de la guerre, nous célébrons
en Jaurès l'aspiration à une liberté
individuelle sans frontières. En tuant Jaurès,
l'idée nationale a été logique
jusqu'à l'absurde".
Antonio Gramsci, Avanti
(13 Août 1916).
|
| |
"Jaurès était d'abord
cet organisme robuste et vigoureux, cette large poitrine
profonde où l'air entrait comme dans un soufflet
de forge, cette solide carrure, capable de porter le monde
de ses pensées, ce coeur magnifique qui chassait
vers son énorme cervelle, un sang riche... la vie
et la joie éclataient en lui. De là sa générosité,
sa bonté, sa hardie franchise... Il vivait puissamment.
Il débordait de vie. Une poussée intérieure,
un impétueux élan organique le soulevait"
[...].
"Cette surabondance d'énergie, il la répandait
autour de lui, il nous en soulevait. C'est avec cette
ardeur qu'il abordait les difficultés, dissipait
les équivoques, perçait les obscurités,
élevait nos coeurs et fondait l'unité du
Parti. Ah s'il était encore au milieu de nous !
Vers quelles victoires il nous conduirait ! De quelles
détresses il nous sauverait".
Marcel Sembat (septembre
1919).
|
| |
| 1924 - LA MEMOIRE
DE JAURES. |
| |
| "[...] Nous donnerons à la
mort de Jaurès la seule commémoration qui
ne soit pas une insulte pour lui tant que la Révolution
n'est pas faite chez nous. Nous lui porterons, dans la
rue, l'hommage d'une Internationale qui prépare
ses troupes à l'assaut, l'hommage d'une classe
en bataille à une victime de classe, l'hommage
des rescapés de la guerre à l'homme qui
tomba pour la paix."
Paul Vaillant - Couturier,
L'Humanité (23 Novembre 1924).
[...] "A onze heures moins le quart,
les deux battants de la porte s'ouvrirent enfin lentement
comme une scène d'Opéra ; on se pressa,
la foule fit ce bruit des théâtres quand
le rideau monte. Il faisait dehors une nuit de lait
étonnamment lumineuse pour la fin novembre, comme
s'il y avait eu quelque part derrière le ciel
une lune de gel ou de printemps ; ces brumes étincelantes
sur la cour noire du Palais-Bourbon firent pâlir
le fade crépuscule violet de la salle Mirabeau
; on eut froid, envie de quitter cette longue caverne
pour marcher sous les arbres ; les femmes frissonnèrent.
Les porteurs posèrent le cercueil
sur la dernière marche de l'escalier ; leurs
pas sonnèrent lourdement dans le silence bruissant.
Des mineurs firent la haie. Une bouffée de cris
éclata brutalement comme une grosse bulle nocturne
au-dessus de la foule qui battait les grilles de la
cour de Bourgogne et qui venait de courir à travers
les rues endormies derrière le fourgon mortuaire,
depuis le départ de la gare d'Orsay. Mais le
cercueil entra, les ventaux retombèrent et les
cris s'étouffèrent. Les mineurs de Carmaux
qui portaient leurs blouses noires du fond et leurs
chapeaux de cuir, se rangèrent maladroitement
autour du catafalque où les huissiers et les
porteurs des pompes funèbres empilaient les couronnes
flétries qui venaient de faire le voyage dans
l'ombre glaciale du wagon
|
| Personne ne pleurait : dix ans de mort
tarissent toutes les larmes, mais les hommes se fabriquaient
des masques [...]
Il fallut attendre on ne savait quoi,
l'aube peut-être. De temps en temps un orchestre
jouait la Marche funèbre de Siegfried pour occuper
l'attente. C'était une intolérable nuit"
[...].
Paul Nizan, La Conspiration
(1938).
"Il est faible de dire qu'il eût
été ministre et premier ministre, s'il
l'avait voulu. Il n'était point sur le seuil
; il n'appartenait pas à l'ordre des ambitions.
C'est encore trop peu dire que, par une profonde culture,
il voyait les pièges et les fautes possibles,
et qu'il avait coupé les ponts entre le pouvoir
et lui. J'ai connu un ou deux hommes de vraie puissance,
qui se retranchèrent aussi dans le socialisme,
par précaution ascétique. Mais Jaurès
n'avait point tant à se défier. Je le
vois plutôt cherchant la meilleure place pour
être spectateur, et la trouvant bientôt.
Etabli donc là ; ordonnant les hommes et les
choses pour lui et pour tous, par le moyen de l'Eloquence
contemplative. Alors, selon l'occasion, décrivant,
analysant, démontrant ; toujours faisant marcher
ses raisons et ses personnages comme une foule que l'on
voit passer. Mais lui ne passe point parmi la foule
; il n'est pas dedans. Je ne crois pas qu'il eut jamais
une parole pour se défendre lui-même. Il
était autant hors de prise, à son banc
de représentant du peuple, que s'il fût
resté à l'ombre dans son jardin, lisant
Homère et Virgile. Il ne pouvait qu'être
assassiné ; seul il eut cet honneur."
Alain, Propos (Juillet
1921).
|
| |
| JAURES AUJOURD'HUI |
| |
| La Société
d'Etudes Jaurésiennes
Fondée en 1959, la Société
d'Etudes Jaurésiennes est ouverte, dans un esprit
d'amitié et de recherche, à tous ceux
qui désirent contribuer à mieux faire
connaître la vie, la pensée, l'action et
l'oeuvre de Jean Jaurès, sans distinction de
profession, de diplômes universitaires ou d'appartenance
civique, philosophique et religieuse. Elle encourage
les travaux de recherche, organise colloques et réunions,
publie un bulletin trimestriel Jean Jaurès. La
Société d'Etudes Jaurésiennes,
dont le siège est situé 21, boulevard
Lefebvre, PARIS XVème, a été fondée
sous la présidence d'Ernest Labrousse et est
aujourd'hui présidée par Madeleine Rebérioux.
"Le progrès humain se mesure
à la condescendance des sages pour les rêveries
des fous, et l'humanité aura accompli son destin
lorsque toute sa folie aura pris la figure de la sagesse".
J. Jaurès,
Chambre des députés
(24 janvier 1903).
|
|
"Quand je parle du passé,
je n'aurai garde de manquer d'évoquer le souvenir
de Jean Jaurès, l'un des vôtres, le plus
illustre peut-être, dont la pensée a marqué
si profondément l'esprit français au moment
où il le fallait, toujours dans le sens de la
générosité, toujours dans le sens
de l'élévation, toujours dans le sens
de la France. Je le salue, je salue sa mémoire".
Discours de Charles
de Gaulle
|
| |
| |
|
|